LA BOUCLE DE CHIANG MAI, THAÏLANDE

Posted on mai 3, 2016 in Motorcycle, Travels

LA ROUTE AUX 1864 VIRAGES

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DANS les itinéraires mythiques de tout motard un peu passionné figurent sans doute La Route 66, la Transaméricaine, le Nordkapp (Cap Nord), la Transalpes, le Triangle d’Or, l’Himalaya en Royal Endfield… et « The Loop », la boucle qui part et revient à Chiang Mai en passant par Pai, Mae Hong Son et Mae Sariang, en longeant la frontière birmane au nord de la Thaïlande.

La carte n’est pas modifiable en ligne. Cliquer en haut à gauche de la carte pour voir les étapes, en haut à droite pour l’ouvrir dans Google Maps et l’exporter au format .kml ou .kmz
Dans certains cas, ces formats ne sont pas reconnus par le logiciel du GPS. Utiliser alors le simplissime et excellent site de conversion de formats mygeodata.cloud pour convertir par exemple un itinéraire .kmz en .gpx (le format reconnu notamment par Garmin).

600 kilomètres d’enfer sur la Terre mais de cet enfer qu’on se souhaite parfois non pas de vivre mais de l’avoir vécu quand on en a triomphé.
Ok, j’exagère un peu sans doute mais lisez plus loin.

La question préalable à se poser est quelle moto louer, et surtout où la dénicher?

Les premières recherches sur la toile sont en effet assez décourageantes, l’offre majoritaire consistant en des scooters 50 ou 125 ou des motos 250cc avec lesquelles il est impossible d’emporter des bagages, de voyager à deux et d’être en autonomie.
Aussi, camarade motard, vais-je t’épargner quelques heures de surf et t’adresser directement à Tony’s Big Bikes situé en centre-ville de Chiang Mai.

Ce sont deux britanniques expats, Duncan (qui parle parfaitement le français) & Jeff qui ont monté cette agence et ils sont très pros, avec des motos récentes et pas trop kilométrées.

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C’est la très efficace et souriante Bô qui s’occupera de vous, elle conservera votre passeport jusqu’à restitution de la machine (c’est la procédure) et elle vous en remettra une photocopie tamponnée qui vaut papier officiel en cas de besoin: police, achats, hôtels etc.
Pensez à bien vérifier la question de l’assurance et en quoi elle vous couvre, en particulier en cas de vol ou d’accident responsable. N’hésitez pas à prendre une assurance complémentaire avant le départ, notamment en Responsabilité Civile (RC) pour vous-même et votre passager éventuel.

Pour quelques dollars de plus, on trouve à louer chez Tony’s des blousons et des casques intégraux (pas toujours très frais mais ça passe) – je recommande néanmoins d’emporter au moins ses propres gants (2 paires/personne), une paire de baskets montantes « moto », un camelback, une combinaison de pluie et deux sangles fines.

En option, on peut réserver également un GPS: il s’agit d’un Garmin DAKOTA 10 qu’on vous fixe au guidon sur un support. L’avantage de ce GPS est sa compacité, son autonomie (alimenté par 2 simples piles AAA) et un écran qui reste très lisible en dépit de sa petite taille. Le réseau satellite est globalement bon partout et je recommande vivement de ne pas faire l’économie d’un GPS, les routes étant parfois mal ou pas indiquées.Dakota10

Alternativement, si on souhaite emporter son propre GPS, et si c’est un Garmin, on peut acheter la carte Asie du Sud-Est (pas donnée!) qui couvre la Thaïlande.

Enfin, une carte routière est indispensable: celle commercialisée par GT-Rider est le meilleur choix puisqu’elle se concentre justement sur la boucle (commercialisée sous le nom Mae Hong Son, the Loop). Plastifiée et indéchirable, on peut la commander avant le départ sur le site de l’éditeur, sinon elle est aussi en vente chez Tony’s Big Bikes.

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Quelle moto choisir?

L’offre n’est pas énorme pour les cylindrées égales ou supérieures à 650cc: 3 modèles de routières (street) et 4 modèles de « trails » (adventure), pas toujours dispos, donc s’y prendre à l’avance.
Deux valises latérales GIVI (rigides) de 25 litres et une plaque arrière pour un bagage supplémentaire peuvent êtres montées sur tous les modèles.
J’avais réservé une Triumph Bonneville T100 en pensant que c’était le meilleur choix dans l’offre disponible. Mais coup de pas de bol, une fois sur place, il s’est avéré qu’elle avait connu un pépin la veille et qu’elle n’était pas opérationnelle. Un peu contrarié, je me suis vu proposer une Kawa Versys 650 qui ne me faisait pas rêver comme les chromes et le look vintage de la « Bonnie ».

Eh bien, le coup de pas de bol fut en réalité un gros coup de chance comme nous ne tardâmes pas à nous en apercevoir: à n’importe quel endroit du parcours en effet, la route peut passer sans crier gare d’un bitume parfois excellent à un champ de gravillons ou à une piste en terre défoncée avec de profonds nids-de-poule ou des ornières… Évidemment, ces pièges ne sont jamais signalés, non plus que les zones innombrables de travaux, en particulier entre Chiang Mai et Pai (tronçon le plus fréquenté et le plus touristique) où il convient de rouler prudemment et bien concentré.

Ce premier tronçon Chiang Mai – Pai, long de 149 kilomètres, compte… 762 virages (chiffre officiel)!

Autant dire que les zones dégradées, voire carrément trails, se situent fréquemment en plein virage et que le temps de s’en apercevoir, on roule déjà dessus…!
Pour enfoncer le clou, si j’ose dire, rappelons que la conduite est à gauche et que le sport favori dans ce pays est le dépassement en plein virage. Aussi, à peu près à chaque fois, se retrouve t-on face à une voiture, un minibus ou, encore plus fun, un camion. Pas de panique, on s’adapte et on oublie le point de corde! La meilleure trajectoire est celle qui est la plus à gauche de la route afin de laisser toujours l’espace nécessaire à un véhicule (très) susceptible d’arriver en face.

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Les 762 virolos (ou leur variante « 1864 ») génèrent un bon business et se déclinent en magnets, T-shirts, mugs etc.

Ce n’est pas tout: une majorité des 1864 virages de la boucle dans sa totalité est en épingle à cheveux, en dévers et avec des pourcentages hallucinants: à deux sur la moto avec les bagages, on a intérêt à se mettre en 2nde/3ème en descente et à se la faire mollo sur le frein moteur sans toucher au levier; en montée, on rame un peu – le seul défaut que j’aurais finalement trouvé à cette Versys étant son relatif manque de watts.
En résumé, une bonne expérience de pilote ne semble pas superflue pour accomplir la boucle en toute sérénité.

Attention: les stations essence peuvent être éloignées les unes des autres! N’hésitez pas à refaire le plein quand vous en croisez une, même si vous êtes seulement à mi-réservoir.

Nb: la Versys embarque une jauge mais ce n’est pas le cas pour tous les modèles.

 La Kawasaki Versys 650

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On aura compris qu’il m’est apparu dans toute sa clarté que cette route est à peu près infaisable avec une routière, et encore moins avec la certes jolie Bonnie mais dont la partie-cycle commence sérieusement à dater.

J’ai révisé mes a priori sur la Versys 650, excellente moto qui m’a agréablement surpris.
Elle est d’abord très confortable avec une excellente position de conduite qui ne fatigue pas, un comportement neutre, un freinage ABS efficace – j’ai eu souvent l’occasion de m’en rendre compte – et, évidemment, une garde au sol adaptée à ce type de route. On n’en attend pas des prestations équivalentes à celles d’une 1200 GS mais, en contrepartie, la Versys est plus légère, ce qui la rend plus maniable chargée à bloc sur les mauvais revêtements.

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Elle était équipée d’une monte de pneus PIRELLI MT60 mixtes Road/Off Road avec les crampons qu’il faut et un bon grip. Ils étaient en très bon état et nous n’avons eu aucun problème de ce côté-là.

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L’Itinéraire

J’avais prévu de faire la boucle (605 kms) en 3 jours et retenu les hôtels en fonction de ce calendrier:

  • Étape 1: Chiang Mai – Pai (149 kms)

  • Étape 2: Pai – Mae Sariang (271 kms)

  • Étape 3: Mae Sariang – Chiang Mai (186 kms)

Le problème en effet est qu’il n’y a pas grand chose entre Pai et Mae Sariang et que la seule halte intermédiaire raisonnable est Mae Hong Son. Du coup, c’est une étape un peu courte depuis Pai (107 kms) et j’avais cru faisable en une journée le trajet de 271 kms jusqu’à Mae Sariang.
C’était oublier que, tout au long de la boucle, le kilomètre compte triple. Il ne faut donc pas raisonner en distance mais bien en temps et en fatigue; ne vous fiez pas aux temps de parcours évalués par Google Maps ni même par le GPS mais comptez une moyenne maxi de 40 km/h, non compris les pauses (photos, déjeuner, visites éventuelles, achats…).
Le calcul est vite fait et il nous aurait fallu entre 8 et 9 heures pour rallier en une seule fois Mae Sariang depuis Pai. En réalité, nous étions déjà rincés en arrivant à Mae Hong Son – comme au ski, le 2ème jour est souvent le plus dur – et nous avons sagement décidé de ne repartir que le lendemain.

Un calendrier de 4 jours équilibrés s’impose pour effectuer la boucle sans stress et sans trop de risques:

  • Étape 1: Chiang Mai – Pai (149 kms)

  • Étape 2: Pai – Mae Hong Son (107 kms)

  • Étape 3: Mae Hong Son – Mae Sariang (163 kms)

  • Étape 4: Mae Sariang – Chiang Mai (186 kms)


Un hôtel à Chiang Mai
Thannatee Boutique Hotel

Thannatee

Hôtel très bien placé, à quelques minutes à pied du centre historique (le « carré » fortifié entouré de douves, il reste peu de vestiges des fortifications mais les canaux sont très agréables en dépit de la circulation très dense).
Déco très réussie, façon vieille pension thaïlandaise qui mélange des objets anciens et un design contemporain, en particulier la salle de bains. Points moins positifs: la chambre n’est pas très grande et le petit déjeuner quelconque.

 

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A Chiang Mai, ne manquez pas d’aller écouter du jazz au North Gate Jazz Club, les groupes sont excellents (locaux ou étrangers) et on noue facilement connaissance autour d’une bière en terrasse.

 

Kat's K

Enfin, une bonne idée après avoir récupéré sa moto est de déjeuner à Kat’s Kitchen, un excellent petit resto mitoyen de Tony’s Big Bike.

Chiang Mai – Pai

A noter tout d’abord qu’il est long et pénible de sortir de Chiang Mai, très embouteillé, et de trouver sa route dans l’entrelacs d’échangeurs où le GPS se révèle bien utile.

Cette 1ère étape est très belle mais c’est celle qui concentre le plus de travaux et de trafic routier. En particulier, des touristes et vous verrez partout des jeunes couples en scooter, chargés comme des mules, qui effectuent péniblement le trajet sur des engins asthmatiques, peu sûrs et inadaptés au terrain. En revanche, comme il est difficile de louer de « vraies » motos dans cette région, on en croise très peu et on sent les regards d’envie des autres voyageurs qui rêveraient d’un peu de puissance et de confort.

Une dizaine de kms avant d’arriver à Pai, on peut s’arrêter au Memorial Bridge, construit par les Japonais durant la 2nde guerre mondiale. Le pont a été conservé en parallèle du nouveau tracé de la route.

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Le Memorial Bridge

 

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Pai, petite ville très touristique mais agréable et animée.

Un hôtel à Pai
Pai Village Boutique Resort & Farm

Pai Village BR

Super bien situé au pied du quartier le plus sympa de Pai. Un havre de paix dans des petits bungalows en bois très romantiques. La cuisine est excellente – il y a un Steak House avec de la viande délicieuse – de même que le petit déjeuner à la fois thaïlandais et continental. Tout le personnel est adorable.

 

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Soirée trop arrosée? Au moment de prendre la route, ça calme.

Pai – Mae Hong Son

L’étape 2, pourtant la plus courte du parcours, fut aussi la plus dure – ou alors, l’effet 2ème jour? Un tronçon d’une trentaine de kilomètres est particulièrement délicat, qui monte et tournicote jusqu’à Kiew-Lom Viewpoint avant de rebasculer dans la vallée. L’endroit offre une vue magnifique et, surprise, on y croise de nombreux motards – la plupart effectuant de longs trajets via la Birmanie et le Laos.

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Kiew-Lom Viewpoint

En revanche, une majorité de touristes s’arrêtant à Pai avant de faire demi-tour pour Chiang Mai, le trafic devient nettement moins dense. On apprécie.

Un hôtel à Mae Hong Son
Fern Resort

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Un grand lodge en bungalows qui mériteraient un bon coup de peinture car l’ensemble est certes très simple, à un tarif imbattable, mais aussi très vieillot. Sa situation est cependant exceptionnelle, à 7 kms du centre de la ville, dans un endroit magique entre montagnes, forêts et rizières. Très bonne cuisine, aussi bien au dîner qu’au petit déjeuner. On note aussi un bar très agréable au-dessus des rizières pour admirer le coucher de soleil.

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Même au fin fond de la Thaïlande, on n’échappe aux people. Brad et Angelina sont des habitués des lieux, l’établissement étant orienté « éco-lodge », cher au couple.

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La forêt autour de Fern Lodge

 

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Le temple Wat Phrathat Doi Kongmu,  Mae Hong Son

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Mae Hong Son, vue depuis Wat Phrathat Doi Kongmu

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Mae Hong Son – Mae Sariang

L’étape 3 du parcours est la plus belle de la boucle, avec le plus souvent un excellent revêtement et (un peu) moins de virolos. En revanche, les portions de lignes droites suivent de nombreux vallons à fort pourcentage et la route est très souvent aveugle: comme la topographie incite à envoyer un peu plus fort, d’autant que toute trace de touristes a ici disparu et qu’il n’y a presque plus de trafic, il faut penser à bien rester calé à la gauche de sa voie car un véhicule peut toujours surgir en face.

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Rizières et cultures à Mae Luang, en route vers Mae Sariang

Mae Sariang est une petite ville calme où il ne se passe pas grand chose et qui vaut surtout par sa situation le long de la rivière Yuam. C’est une étape idéale au 3ème jour de la boucle quand on commence à avoir le dos, les cuisses et les poignets éparpillés façon puzzle.

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Un hôtel à Mae Sariang
Riverhouse Hotel (The Wooden House)

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Bel hôtel en teck face à la rivière et meilleur rapport qualité/prix de l’itinéraire. D’autres établissements portent le même nom, d’où la précision ‘The Wooden House’. La chambre est simple, sans fioritures mais très propre avec un grand balcon (demander évidemment une ‘river view’). Cuisine délicieuse – spring rolls de folie – mais petit-déjeuner basique.

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Buffles, vus depuis la chambre

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Le rack arrière monté sur la moto s’est révélé très pratique pour mon sac photo, bourré à craquer.

Mae Sariang – Chiang Mai

La dernière étape est de loin la plus roulante de la boucle.

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Humour thaïlandais

Les deux premiers tiers du parcours sont simplement magnifiques, notamment la traversée du Parc National Op Luang auquel succède une route poétique au long de la rivière Ping avec des petites cascades ou des bassins naturels de loin en loin.
Nous devions prendre un avion dans l’après-midi pour Phuket et n’avons pu de ce fait nous arrêter comme nous l’aurions souhaité – il faut rendre la moto, commander un taxi qui peut mettre du temps à arriver et filer vers l’aéroport en espérant s’extraire d’une circulation démente; autant que possible, il vaut donc mieux privilégier une nouvelle nuit à Chiang Mai pour profiter sans stresser du dernier jour de balade.
D’autant que c’est une région très prisée des Thaïlandais eux-mêmes et que le trafic redevient dense, n’autorisant pas les mêmes moyennes.

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Enfin, prévoir une bonne heure et demie pour se fader les 40 derniers kilomètres qui ramènent à Chiang Mai à travers des faubourgs interminables, blindés d’un trafic tellement dense qu’il est très difficile de remonter les files, sans compter des feux tous les 50 mètres.

Nous avons rendu la moto sans problème et sans avoir connu de souci mécanique sur une machine totalement fiable. Heureusement car ce furent, physiquement, les 615 kilomètres les plus exigeants que j’aie connus.

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Mais la relation de ce récit démontre comme réaliser The Loop aura été l’accomplissement d’un nouveau rêve, que je souhaite de vivre à tous ceux qui me liront et qui aiment à la fois les voyages extraordinaires et la moto.

Alors, bonne boucle si l’aventure vous tente et un seul mot d’ordre sur la route: eyes wide opened.

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NE PRATIQUEZ PAS LE TOURISME ET LES ACTIVITÉS

IMPLIQUANT DES ÉLÉPHANTS!

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Ils sont maltraités et stressés

Cela encourage leur trafic

Cette activité peut être convertie en éco-tourisme
et garantir un revenu équivalent aux populations locales

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Éléphants au « garage », enchaînés pour la nuit (région de Mae Taeng, province de Chiang Mai)

 

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